Entre civilisation de consommation et "nouvelle éthique"

Les Jeunes en Europe – Défis pour le scoutisme chrétien

Hans Hobelsberger

 

  1. Introduction et remarques préliminaires visant à limiter le sujet

Les transformations s’accélèrent sans cesse en Europe. Depuis quelques années en Europe, il n’est pas exagéré parler d'un „changement qui ouvre une nouvelle ère". La démolition du Mur de Berlin comme symbole de la fin d'un ordre mondial bicéphale, le processus de l'unification européenne, la globalisation non seulement de l'économie mais de notre vie entière: tous ces phénomènes sont les moteurs de ce changement. Ce changement concerne tous les pays européens de la même manière bien que leurs situations différentes exigent des réponses différentes. Les jeunes en Europe vivent dans une époque de transition , de changement. Ce changement comporte des chances et des risques. Nous pouvons observer que se développent des styles de vie nouveaux pour faire face à ce changement, car les jeunes doivent s'adapter aux conditions nouvelles. Ces styles de vie reflètent les différents paradigmes des sociétés en question. Et c'est précisément le sujet de ma conférence d'esquisser les nouveaux styles de vie en quelques formules.

 

Si, dans mes réflexions, je me limite forcément à certains aspects du sujet, je dois tout de même mentionner que le bouleversement social qui s'est produit dans une grande partie de l'Europe de l'Est, dans les anciens Etats de l'Union Soviétique ainsi que dans quelques pays de l'Europe du Sud entraîne de gros risques pour la santé et la vie. Dans toute l'Europe on constate que la pauvreté "a rajeuni", c'est-à-dire qu'elle touche, plus que d'autres tranches d'âge, les générations des enfants et des jeunes. Pourtant il faut se garder de trop généraliser: la pauvreté en Roumanie par exemple se distingue complètement de celle qui existe en Allemagne, sans rentrer dans le détail des implications personnelles de cette situation. Dans ce contexte on signalera également la croissance du taux des suicides, de la consommation de la drogue, de la criminalité, de l'analphabétisme, du chômage des jeunes, de la menace de guerres. De toute façon, en tant que chrétien on doit réfléchir au dévéloppement de ces phénomènes.

 

Clarification de la complexité des phénomènes

Dès les années soixante les recherches sur le comportement des jeunes allemands ont montré qu'on ne peut plus parler de la jeunesse en général, c'est-à-dire qu'il n'est plus possible d'en faire une description d'ensemble. Encore moins peut-on décrire la jeunesse dans les différents pays européens selon des critères identiques. Donc j'essaie tout simplement de signaler des tendances. En effet, les tendances nous indiquent les nouvelles directions du changement et du développement en Europe, mais elles ne décrivent pas de façon nuancée et complète la situation de tel ou tel pays. C'est pourquoi, au cours de ma conférence, vous allez me contredire de temps à autre pour me dire."ce n'est qu’une demie vérité."

Pour donner une vue d'ensemble et pour clarifier en même temps la complexité des situations des pays je répartirai les différents pays en quatre groupes. Le critère de cette répartition est le „théorème de la modernisation": les sociétés se transforment en prenant une certaine direction sur les plans structurel, culturel et social à mesure qu'augmentent la richesse, la formation et l'information. Cette direction se caractérise par la séparation progressive des grands secteurs de la société (politique, économie, formation, religion, protection sociale, ...) par la multiplicité des valeurs (apparemment, tout est au même niveau, tout se vaut.) et par l'individualisation de la vie en commun (les traditions perdent de l'importance, les décisions vitales sont prises par le seul individu). Ainsi, une société est „moderne" dans la mesure où ces mécanismes l‘emportent. Pour prévenir un malentendu répandu, le terme de "moderne, modernité" n'est donc pas un jugement sur la qualité. Selon les différents stades du processus de modernisation, on peut différencier les groupes suivants:

Cette répartition est volontairement schématique: la République tchèque, par exemple, est sûrement plus proche des États de l'Europe de l'Ouest que bon nombre des pays de l'ancien Pacte de Varsovie. De plus, mon point de vue est celui d'un Allemand, qui puise pour l‘essentiel son savoir dans des livres, des journaux et des médias. C'est une vue assez limitée. Donc je vous serais reconnaissant de me faire profiter de votre savoir et de vos expériences.

 

 

" ... chercher les signes des temps"

Regarder comment vivent les gens aujourdhui, cela ne signifie pas seulement "étudier le sol avant de semer " pour se servir d'une image biblique. Cela prend surtout une valeur théologique. La théologie des signes des temps, "chercher les signes des temps pour les interpréter à la lumière de l'Évangile" (GS 4) nous fait voir que Dieu se révèle à travers les âges. L'Incarnation de Dieu est la mesure par laquelle on peut interpréter les signes des temps pour savoir s’ils sont du côté de la vie ou du côté de la mort. Ainsi les signes des temps nous montrent les lieux où le message chrétien s’accroche et doit prendre racine: là où il y a des êtres humains qui s'engagent pour devenir, eux-mêmes ainsi que tous les autres, véritablement hommes, mais aussi là où cette humanisation se voit menacée et entravée.

 

S'il est correct que les jeunes sont les sismographes de l'évolution de la société c'est à la pastorale des jeunes qu'incombe une tâche éminemment importante pour l'Église et le message chrétien: les jeunes et les adultes travaillant dans la pastorale des jeunes sont les éclaireurs des signes des temps, les scouts du Royaume de Dieu. Alors la pastorale des jeunes contribue à lier l'Église avec son siècle pour qu'elle se rende compte des dangers qui menacent l'éclosion de la vraie humanité, mais aussi du potentiel qui la favorise. Et de cette façon la pastorale des jeunes oeuvre pour que l'Église demeure et soit toujours davantage un signe d'espérance.

 

 

  1. Apparition de nouveaux styles de vie dans une société en cours de modernisation

Dans tous les pays et toutes les sociétés on peut observer chez les jeunes et les jeunes adultes surtout dans les centres urbains, l‘apparition de nouveaux styles de vie, réponse individuelle et sociale aux changements économiques et technologiques. La mobilité, les moyens matériels et les médias en sont les moteurs. Pour le Portugal, José M. Pais résume en disant: "Les chances des jeunes de trouver du travail dépendent de plus en plus de l'évolution du système de production. Elles dépendent de la modernisation des structures économiques (réduction des emplois dans l'agriculture et chômage caché dans ce secteur, nombreux indices du renforcement du secteur tertiaire et urbanisation, nouveaux processus de travail (...), introduction de nouvelles technologies.), (...) En effet, les formes de passage de la jeunesse à la vie adulte semblent être liées à l'apparition de nouveaux styles de vie." (Pais 1992: 65)

En Russie Sergej Aleshenok, directeur de l'Institut des Recherches sur la Jeunesse à Moscou, Vladimir Chuprov et Julia Zubok du Centre de Sociologie de la Jeunesse, rattachent les nouveaux styles de vie à la "culture de consommation" des jeunes: "actuellement, la socialisation s'effectue dans un monde marqué par l'instabilité poltique et économique, par la perte de valeurs et de normes, ainsi que par le manque de perspectives d'avenir et de critères précis du développement de la société. Dans de telles circonstances la question de savoir quels sont les chemins et les critères de l'intégration sociale devient de plus en plus urgente. (...) Pour les jeunes la culture de consommation est devenue une sphère importante de l'intégration sociale." (Aleshenok/ Chuprov/Zubok 1995: 48-49).

Ces deux exemples nous montrent que l'apparition de nouveaux styles de vie va de pair avec la modernisation économique. En observant l'évolution des sociétés déjà marquées par la modernisation, on pourra déterminer plus précisément la tendance de ces nouveaux styles.

 

2.1 "La culture de consommation"

"Culture de consommation", voilà une notion bien importante. Non pas pour se joindre aux lamentations largement répandues sur la jeunesse, mais pour illustrer comment les jeunes intègrent dans leur propre vie le paradigme de leur société. Qui donc voudrait reprocher aux jeunes de poursuivre dans leur grande majorité le but caché et avoué de la société où ils vivent, à savoir „la recherche du toujours plus" (avoir # être). Dans ce contexte, la "consommation" remplit plusieurs fonctions pour les individus et la société.

 

2.2 Les Valeurs

Les nouveaux styles de vie se manifestent à travers le choix des valeurs des jeunes. La notion centrale du système de valeurs des jeunes à l'époque "postmoderne" est l'autonomie, ou mieux la quête de l'autonomie. De cette manière les jeunes réagissent au transfert sur l‘individu de la responsabilité de construire sa vie. La personne humaine devient le centre d'action et d‘organisation de la vie à l’ère postmoderne. A partir de là s‘exprime l'énergie fondamentale qui cherche à transformer les risques et les chances offerts par la société postmoderne en points d’appui sûrs et vraiment solides. Dans ce contexte les recherches dans le domaine du changement des valeurs observent deux tendances fondamentales:

 

L'épanouissement personnel

La dernière étude sur les valeurs des jeunes allemands parue en 1996 constate:

 

Dans la discussion publique on se moque souvent de ce qu'on appelle "réalisation-de-soi" Mais cela n‘est apparemment rien d'autre qu' un acte de sauvetage de sa propre personne, au moment où les institutions ne peuvent plus garantir les sécurités traditionnelles.

La rationalité froide d’une sociéte qui promeut des vertus universelles amène les hommes à réagir en renforçant leur propre personnalité. Depuis des décennies on observe que les individus aussi bien que des familles entières ont tendance à investir dans la formation (intellectuelle et professionnelle). Une autre tendance importante se fait jour: la préoccupation pour tout ce qui concerne son propre corps, à savoir le maintien en forme et la santé. La tendance à entreprendre des voyages au loin, ou simplement transfrontaliers, sert à découvrir de nouveaux espaces de vie et à faire de nouvelles expériences. Les recherches récentes dans le domaine de la morale quotidienne nous montrent combien les hommes sont intéressés à développer et à cultiver les vertus qui fondent la société. Une nouvelle Renaissance se dessine: la personne humaine (re)devient centre et sujet principal du monde. (Schmidtchen 1997: 33).

 

Ces tendances correspondent tout à fait à l'enquête européenne sur les valeurs publiée en 1990/1991 et sont valables pour l'Europe tout entière. Selon cette enquête "la majorité des jeunes européens souhaitent vivement développer au maximum leurs capacités personnelles. Des notions telles que "réalisation-de-soi", épanouissement personnel (Selbstentfaltung), et individualité se trouvent au centre des projets d'avenir personnels. 86% des jeunes interviewés approuvent le fait que l'épanouissement individuel soit pris davantage en considération. Cette valeur fait l'unanimité dans tous les pays dans des proportions similaires" (Friesl, Richter, Zulehner 1993: 16).

La recherche de l'épanouissement personnel et le refus de s'engager dans les institutions traditionnelles s’enracinent solidement dans les tendances de la société. Là non plus, il n’y a pas lieu d'entonner des jérémiades habituelles sur "les jeunes d'aujourd'hui".

La quête de l'autodétermination et de l'épanouissement personnel n'est pas une manifestation d‘égoisme. La recherche de soi-même, le développement de ses capacités personnelles, la volonté d'autodétermination, tout cela peut ouvrir un chemin vers mon prochain. C'est pourquoi certains sociologues ou psychosociologues voient ici des indices d' un "individualisme altruiste" (Heiner Keupp) ou d'un "individualisme solidaire" (Ulrich Beck). La britannique Helen Wilkinson, directrice des recherches à l'Institut Demos de Londres, voit avec un certain optimisme que les "enfants de la liberté" développent une "nouvelle éthique de responsabilité individuelle et sociale.

Pour elle l’objectif principal des "enfants de la liberté est le suivant:

"... comment peut-on concilier le désir d'autodétermination et le désir de dépendance mutuelle, tous deux de même importance? Comment peut-on à la fois être individualiste et s'orienter à partir du groupe? Comment se préoccuper de soi-même et en même temps se soucier des autres? Comment, à la fois, tirer parti de ses propres possibilités et trouver son accomplissement en laissant de côté ses prétentions personnelles?" (Wilkinson 1997: 88) En renvoyant à des résultats d'enquêtes de terrain, Helen Wilkinson explique par la suite dans quelle mesure "beaucoup d'enfants de la liberté" cherchent à atteindre cet objectif de vie fondamental:

 

"D'ailleurs la distinction entre altruisme et égoisme ne signifie plus rien. Beaucoup s'engagent à aider les autres non pas pour des raisons religieuses mais parce qu'ils trouvent une telle activité profitable et satisfaisante, la considérant comme un enrichissement personnel. Beaucoup de maris sont prêts à remplir un rôle plus important dans la vie de famille, non pas par obligation mais par le désir d’avoir leur part des joies parentales" (Wilkinson 1997: 122).

 

Engagement et Institutions

L'autonomie, l'autodétermination et la „réalisation-de-soi" expliquent le rejet croissant de s'engager dans le cadre des institutions sociales. On soupçonne ces institutions de vouloir embrigader et de laisser peu de place à la participation et l'autodétermination. Aussi les jeunes ne veulent-ils pas s'engager dans ces institutions; ils préfèrent participer à des activités seulement pendant un temps limité et à condition de bien mesurer à quoi ils s’engagent. Ils se réservent le droit d'abandonner à tout moment ou exigent de décider eux-mêmes ce qu'on va faire et comment. Ainsi on a affaire à une situation paradoxale: les jeunes sont prêts à s'engager sur le plan social et politique mais on manque d'institutions capables de convertir ce désir en engagement concret. Quant aux Églises, elles sont justement concernées par ce phénomène.

 

Le Tableau synoptique no 1 , extrait de l'enquête la plus récente de l'Institut de la Jeunesse Shell, illustre ce qui vient d'être dit (Fischer 1997: 325).

 

    1. Sens et sentiment religieux

La recherche de l'autonomie exerce son influence également sur la manière dont les jeunes choisissent entre les différents systèmes d‘interprétation du sens de la vie et structurent leur sentiment religieux.

Systèmes d‘interprétation du sens de la vie (Sinnkonstrukte)

L'enquête sur les valeurs que je viens de citer fait le constat suivant:

 

"Le facteur principal dans toute réflexion sur le sens de la vie est l’épanouissement personnel. Et cela en tendant vers l'autonomie" (Schmidtchen 1997: 364)

Cf. Annexe: Tableau synoptique no 2 "Les différentes attitudes de recherche du sens de la vie" (Schmidtchen 1997: 163)

En jetant un regard sur les données du "World Values Survey" de 1990 on retrouve les mêmes résultats. Cf. graphique "Les différents concepts du sens de la vie" (Friesl/Richter/Zulehner 1993: 15-17) – Annexe: Tableau synoptique no 3.

L’attitude "religieuse" se caractérise par la place donnée à Dieu pour tout ce qui concerne la vie et la mort (p.ex. "Sans Dieu la vie n'a pas de sens"). En moyenne cette attitude atteint un taux de 11% de très fort (= valeur 1 sur une échelle de quatre degrés). Evidemment il y a des différence accusées entre des sociétés très marquées par la religion (p.ex. la Pologne) et des pays où la religion joue un rôle moindre.

L’attitude "en recherche" correspond à l'intensité et à la fréquence de la réflexion sur la vie et la mort (p.ex. "Réfléchissez-vous parfois au sens de la vie?". Elle exprime l'insécurité et la recherche de l'identité personnelle. Elle atteint le niveau très fort pour 18% des jeunes en moyenne, et semble être importante surtout chez les jeunes des pays industriels occidentaux.

Chez les jeunes européens, c’est l‘attitude "pragmatique" qui prédomine. Elle atteint le niveau très fort pour 76% des jeunes européens en moyenne. L'affirmation typique de cette attitude est: "Le sens de la vie est d’en profiter au maximum". Cette affirmation trouve l’approbation de 79% des jeunes. Et dans les enquêtes Albus il y a une affirmation qui, depuis des années, obtient un score de plus de 90% : "La vie a un sens seulement quand soi-même on lui en donne un."

 

Sentiment religieux

La contrainte de se déclarer autonome et la recherche de l'autonomie touche aussi le domaine de la religion. Se bricoler une religion en dehors des institutions est un phénomène qui se développe de plus en plus. Sur cette question, on ne peut pas parler d'un rejet fondamental, ni d'une diminution du sentiment religieux chez les jeunes.

En effet, la religion individuelle s'éloigne des religions instituées. Il y a une tendance à exprimer un sentiment religieux en dehors des confessions et des religions instituées. Cela n'équivaut pourtant pas à la disparition totale de la religion instituée, à savoir les Églises. Mais cela signifie une diminution de l'influence exercée sur les individus et la perte du monopole sur le plan de la religion et du sentiment religieux.

Ainsi on constate un décalage entre la façon de définir sa propre attitude religieuse et la pratique religieuse prescrite par l‘Église. Cela se manifeste aussi dans le décalage entre "être croyant" et "aller à la messe". A ce sujet, la commission de l'UE a publié au mois d'octobre passé les chiffres suivants comme résultat d'un sondage d'opinion auprès d'environ 10 000 jeunes entre 15 et 24 ans des différents pays membres de l'UE:

 

En moyenne 29,55 des jeunes catholiques affirment pratiquer leur foi (16,4% chez les protestants; 45,4% chez les orthodoxes). Etre croyant sans aller à l'église est un phénomène répandu surtout en Espagne (56,2%), en Grèce (52,8%) et au Portugal (48,9%). Quant à l'Allemagne, le taux est de 32,9% (Ouest 38,4%, Est 9,8%).

Mais il y a aussi le cas inverse. Ainsi 23,4% des jeunes belges affirment pratiquer une religion sans vraiment y croire; Autriche (18%); le Luxembourg (15,8%); pour la moyenne européenne (UE) les chiffres s'élèvent à 5,6%. Il semble que dans tous ces pays les parents exercent encore une influence, plus grande que dans d'autres pays, sur la pratique religieuse des jeunes.

Dans l'ensemble, pour la pratique religieuse dans l'Union Européenne on peut constater la répartition suivante:

Ce sont l'Irlande (48,9%), la Grèce (41,9%) et l'Italie (41%) qui affichent les pourcentages les plus élevés. La moyenne européenne est de 19,4%. L'Allemagne se tient à la moyenne avec 17,6% dont 19,6% à l'Ouest et 7% à l'Est. (KANN-ID 1997: 6)

En annexe (tableau 4-6) vous trouverez pour une information plus détaillée des tableaux que vous pourrez lire à l'aide de ce qui vient d'être dit. Ils sont publiés par le 'World Values Survey et concernent le sentiment religieux, la Foi et l'Église.

 

 

La "Culture religieuse événementielle" (Religiöse "Event-Kultur"

Jetons maintenant un regard sur le succès des grands événements religieux sur la scène internationale tels que les rassemblements de Taizé ou bien les Journées Mondiales de la Jeunesse tout comme les grands rassemblements nationaux ou diocésains (en Allemagne: 'Katholikentag', Forum des Jeunes, Journées des servants d'autel ou Pélerinages des Jeunes).

On voit là combien la "culture événementielle" marque les formes d'expression religieuse des jeunes en Église. Cette culture religieuse événementielle fournit une réponse aux exigences, aux formes d'expression, aux styles de vie et aux modes de participation d'une culture des jeunes. Voici quelques éléments de cette culture religieuse des jeunes:

  1. Points forts pour une pastorale dans le scoutisme – éléments de conclusion
  2. 3.1 L'autonomie, la recherche d'autonomie la lutte pour l'autonomie devient de plus en plus, comme nous l'avons vu, un élément existentiel pour les jeunes. La pastorale de l'Église ne peut pas ne pas en tenir compte. Cela a des conséquences importantes.

    Pour les rapports avec les jeunes: Le type de rapport qui convient avec les jeunes, qui se déterminent eux-mêmes, est l'accompagnement. Cet accompagnement ne doit pas être confondu avec le "Laisser Faire". Accompagner signifie dans notre cas s'en mêler, provoquer,inspirer, chercher ensemble, laisser participer. La vie des jeunes est comparable à des achats qu'on fait au marché: on offre des valeurs et des chances vitales comme des marchandises. Chaque marchand, chaque camelot fait l'article. En revanche, la pastorale de l'Église doit s'interdire de faire partie des marchands. Avec les jeunes, elle doit flâner dans les allées de ce marché, élaborer avec eux les critères pour juger les offres et adopter une attitude éclairée. Tout cela contribue à une vie plus intense, à une "vie en plénitude". Ainsi l'accompagnement des jeunes tendra à une recherche ensemble d'une vie plus intense. Il est évident qu'une vie plus intense pour chacun ne peut exister sans une vie plus intense pour tous.

    Pour la transmission des valeurs et de la foi: La transmission des valeurs et de la foi à travers cet accompagnement se fait par une forme de communication qui respecte les exigences d'autonomie. Les valeurs, la foi et la pratique motivée par la foi, il n'est pas possible de les transmettre comme un paquet bien ficelé. D'une part, l'individu doit faire siennes la foi et sa pratique pour qu'elles soient vraiment significatives de sa vie. Mais d'autre part, dans un monde devenu trop complexe pour qu'on puisse le dominer, il n'est pas toujours bien facile de distinguer la vérité d'avec le mensonge, ni le vrai du faux. Souvent les adultes ne savent pas non plus ce qui est juste ou ce qu'il faudrait faire. Dans la pastorale des jeunes la transmission de la foi et des valeurs est un processus d'apprentissage mutuel.

    Pour les exigences que doit remplir l'accompagnateur:

    "Les jeunes acceptent les contenus de la foi ("Inhalte") en fonction de la crédibilité de ceux qui en sont les représentants.". Cette affirmation, prononcée par le Synode allemand déjà en 1975, n'a toujours pas perdu son actualité. Elle pointe la crédibilité et la cohérence personnelle des animateurs et des animatrices.L'un des critères principaux de l'acceptation du message chrétien est la crédibilité des croyants en général, de l'animateur vis à vis des jeunes et finalement des jeunes croyants vis à vis de leurs congénères. Les jeunes remarquent très vite si l'intérêt qu'on leur porte est simulé ou authentique. Les animateurs et animatrices sont appelés à partager leur foi, leurs doutes et leur cheminement.

    Pour l'adhésion et la participation aux mouvements scouts:

    L'adhésion et la participation doivent donner libre cours à la créativité et l'épanouissement personnel. Souvent la participation des jeunes dépend de certaines conditions liées à l'âge. Il y a des tranches d'âge, notamment entre 16 et 18 ans, où la recherche de l'identité implique forcément une prise de distance par rapport aux engagements valables jusque là. Dans cette phase de prise de distance, c'est la qualité des rapports qu'entretiennent les adultes et leur compréhension des raisons profondes de ce recul qui, en fin de compte, déterminent le rapprochement éventuel. Alors l'adhésion et la participation ont tendance à devenir moins engageantes, plus autonomes; on participe en fonction des propositions offertes. Malgré tout l'accompagnement des jeunes ne doit pas tomber dans le piège de "fournir avant tout des offres", c'est-à-dire que quelques responsables offrent des activités semiprofessionnelles pour pousser les jeunes à participer. En effet, cela reviendrait à reproduire la "culture de consommation" dans le domaine de l'animation des jeunes. Les grands rassemblements religieux de caractère événementiel ("Event-Charakter") ont cette tendance. C'est pourquoi ils doivent rester une exception. Par ailleurs, ils perdraient très vite leur attrait s'ils devenaient quelque chose de quotidien. Le scoutisme doit rester le domaine d'activités au niveau des groupes locaux et organisées par les membres eux-mêmes. Au cas où il y aurait des événements hors du commun il est indispensable de laisser un espace suffisamment large pour qu'on puisse vraiment participer et être créatif.

    3.2 L'une des tâches importantes de notre accompagnement des jeunes est le développement de l'esprit critique. Il faudra développer et renforcer chez les jeunes les capacités à discerner et agir face à la multiplicité des valeurs et à la complexité d'un monde difficile à maîtriser. Ce développement de l'esprit critique n'est pas seulement un processus de formation personnelle qui ne concerne que l'individu, mais il se propose aussi des changements sociaux. Il s'élève contre une culture de consommation qui remplace l'être par l'avoir. En effet, une telle culture feint de pouvoir satisfaire au moyen de biens matériels les besoins humains fondamentaux: la recherche du sens, du bonheur, de l'amour, de l'intégrité de la personne et de l'environnement, d'un avenir viable.

    Le développement de l'esprit critique s'élève aussi contre les médias (avant tout la télévision) qui menacent l'individualité aussi bien que la pluralité dans la société en fabriquant une civilisation de masse et en créant des "monopoles d'information". Un peu partout dans le monde entier on retransmet les mêmes séries et films. Cela uniformise et détruit la culture. En Forêt bavaroise par exemple, on se met, depuis peu, à asperger de riz le couple des jeunes mariés qui sortent de l'église, une coutume vraisemblablement héritée d'une série télévisée nord-américaine. A part cela ce secteur a tendance à créer des monopoles qui empêchent les médias de remplir leur fonction d'instruments démocratiques de formation de l'opinion, et qui manipulent le public et propagent des informations unilatérales.

    3.3 Le style de vie de"l'individualisme solidaire", l'adolescence marquée par sa vision critique du monde et par son sens de l'action , ce qui d'ailleurs est psychologiquement compréhensible, l'approbation unanime des activités caritatives et sociales de l'Église éveillant de grandes attentes des jeunes envers elle, la restructuration de la solidarité dans le contexte chrétien et ecclésial, - tous ces phénomènes et éléments indiquent la même direction: l'Église en tant que lieu et ressource de l'engagement des jeunes. Mais dans quelles conditions ces composants peuvent-ils converger pour porter des fruits?

    L'appartenance à un groupe "favorise l'engagement". En plus de l'aspiration à donner du sens à sa vie et à résoudre ses problèmes d'identité, la question de l'appartenance à des groupes joue un rôle essentiel quand il s'agit de se motiver pour choisir des engagements solidaires. Dans ce contexte de l'individualisation des structures sociales on se rend compte là aussi des fonctions qu'assument les groupes pour aider les jeunes dans leur socialisation et leur recherche d'identité. L'engagement dans les groupes a d'ailleurs tendance à prendre la forme de l'autodétermination et l'autoorganisation. Les groupes des différentes associations ainsi que les groupes paroissiaux (y compris les groupes scouts) sont des supports importants de l'engagement des jeunes. Ceux-ci se saisissent des actions proposées par les associations et les paroisses pour les enrichir de leurs idées, projets, problèmes et expériences, bonnes et mauvaises; par ailleurs ils se mettent à créer leur propre forme d'engagement. En tant qu'organisateurs de projets et d'actions ces groupes rejoignent et mettent en route aussi des jeunes pour une action limitée dans le temps. Dans le cadre des paroisses et des associations ces groupes revêtent de plus en plus un "caractére intermédiaire": ils servent d'instances de médiation et de participation pour l'individu qui prend part à telle ou telle action ou activité. Ils ne sont plus, comme avant, de simples unités d'organisation à un niveau inférieur ou de base.

    Le schéma des motivations de l'engagement s'est transformé et complété. Cela correspond à ce que j'ai exposé plus haut et que j'ai décrit comme "la relation à soi"("Selbstbezug") inhérente à l'engagement. A ce sujet il faut encore mentionner deux notions importantes: "Betroffenheit"(= le sentiment d'être concerné et provoqué) et "Selbstverwirklichung" (= la réalisation de soi).

    Pour faire de l'Église un lieu attrayant où les jeunes aiment à s'engager il faut que les motivations liées à une recherche personnelle ("selbstbezogen") y soient reconnues et acceptées. Car il ne s'agit pas là de simples "bêtises de jeunes" ou de "l'incapacité encore et toujours constatée des jeunes à s'engager"; il en va au contraire de leur propre projet de vie: les attentes qu'une société modernisée fonde sur les jeunes et qui résident dans le fait d'entreprendre par soi-même et dans la capacité à exercer son autonomie ne doivent pas aboutir à un repli sur soi égocentrique; au contraire les jeunes doivent se développer en personnes capables de vivre l' expérience humaine fondamentale: le fait qu'être par soi-même n'est possible qu'en relation avec les autres et avec le transcendant.

     

  3. Remarque de conclusion

Vous connaissez certainement le verset de la guérison de l'homme à la main desséchée le jour du sabbat (Mc 3,1-5 par.) Je pense que les paroles décisives se trouvent dans la bouche de Jésus qui dit à l'homme:"Léve-toi, là, devant tout le monde." Jésus met l'homme qui cherche de l'aide là où, pendant le culte synagogal, se trouve l'armoire aux thoras, c'est à dire le sanctuaire. Par ce geste Jésus révèle que c'est l'homme qui est le sanctuaire de Dieu. Il fait voir que l'homme est le chemin de Dieu, que lui-même s'est fait homme précisément pour les hommes. Voilà la tâche de la pastorale: mettre les jeunes au centre, devant tout le monde, guérir les difformités et faire en sorte que les circonstances ne permettent pas la naissance de telles difformités.
Bibliographie /

 

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